à la trompette.... Jean Michel
 

       

Jean-Michel Bolzer : trompette

 

D'aucuns naissent dans les pétales de roses, d'autres dans les choux. JM n'a pas eu cette chance. Exhalé, un beau matin d'Automne, du pavillon d'un bugle. Ce genre de plante hybride qui parvient encore à pousser sur les terres arides qui ceinturent la baie d'Audierne.

Seule, perdue au beau milieu de ce désert marin, à une encablure de Plonéour-Lanvern , une maison bretonne pointe son nez. A peine plus grande que la chapelle de Penhors. Un tas de granit sous une capuche de schiste limée par les vents de suroît, posé là, émergeant à peine d'un champ d'entonnoirs cuivrés alignés comme les blés d'un paysan maniaque. Nanette l'aurait cueilli là, le JM. Dans l'un de ces cols métalliques qui, aujourd'hui encore, se dressent vers le ciel, venant jusqu'à taquiner les murs de la bâtisse au milieu d'infatigables hortensias.

JM a toujours cru à cette histoire. Nanette l'aurait sorti de là, un 11 Novembre 1970. Nanette, c'était sa grand-mère. Une bigoudène increvable tenant un bistrot-épicerie bourrés de pêcheurs qui auraient fait son éducation. Il paraît qu'aux marées hautes de la Torche, par gros coefficient, le bruit des vagues heurtant les rochers endormait le mystérieux enfant mieux que le bercement maternel qu'il ne connaîtra jamais.

                 
                         
 
JM grandit au rythme des sabots qui claquent sur la terre battue, et d'une cloche qui s'articule au rythme des allées et venues des clients. Les vélos s'entassent à la porte de la boutique. L'adolescent s'y coupera le petit doigt en jouant à faire tourner une roue d'un des engins malencontreusement couché sur le parterre. JM voit dans cet accident un signe du destin : renouer avec ses origines en jouant de la trompette, souffler dans l'instrument qui le mit au monde un jour d'Armistice. Quatre doigts suffiront, le pouce pour saisir la bête, l'index, le majeur et l'annulaire pour les trois pistons.
               
         
     

 

A huit ans, debout sur le zinc, il se produit déjà en solo devant grand-mère et des tablées de poivrots qui tapent la belote entre hommes. On l'invite pour animer la fête des brodeuses, et la kermesse de Tréminou. A dix ans, il donne l'Ave Maria en l'église de Pouldreuzic. Deux ans après, il quitte le cur de sa Bretagne chérie pour une pension de Jésuites à Rennes. Là, il sera autorisé à pratiquer son instrument, relégué dans le calfeutrement sombre d'un confessionnal poussiéreux. Puis, c'est l'émancipation. Il découvre l'amour un soir de bal. Une groupie folle de Piaf ne voit que lui dans Dixiland Groovers, un orchestre qui l'a embauché pour une dizaine de dates. Il vient tout juste de quitter BBDB (Big Band de Branleurs), une formation à taille inhumaine où les musicos versent une cotisation pour jouer. Mais Dixiland est aussi un groupe de musiciens véreux, sponsorisé par des tireuses de cartes. Il parvient à s'extirper de ce plan foireux grâce à Simone's sons, une association qui lutte contre la maltraitance des soufflants en les payant pour jouer. Depuis, JM coule des jours heureux au côté de son éternelle groupie, qui ne regrette rien. Non, rien de rien