à la trompette.... Jacques

        Quand il se déshabille, apparaît furtivement tout un tas de colliers et autres médailles religieuses bringuebalant dans le col trop grand d'un marcel détendu. La classe ! Le temps d'enfiler le tee-shirt estampillé "Simone's son" et le clown a disparu derrière une déco bien plus classe. Ne restent que les santiags pointues et une minuscule boucle d'oreille pour casser quelque peu un look un tantinet classique. C'est dire si le trompette de Simone n'arrive pas à se détacher d'une éducation judéo chrétienne qui aurait tenté de le façonner dans les écoles privées de sa jeunesse rennaise. C'est là qu'on lui a enseigné les bonnes manières. Maîtriser en public la surpression gazeuse subséquente à une abusive consommation de flageolets, ou encore se contraindre à ne pas diffuser auprès d'âmes sensibles des vidéos craignos glanées sur le net dans d'improbables surfs lors de soirées alcooliques. Faut dire que naître rue Saint Melaine, si près de la rue de St Malo, c'est être condamné dès le départ. Sauf à être attiré par le clairon, ou rentrer dans les ordres, le risque est grand de sombrer prématurément dans une vie décousue.

A Rennes, l'issue de secours du garçon fut la proximité du conservatoire où on l'inscrivit dès l'âge de dix ans. Des fenêtres du majestueux bâtiment s'échappaient toutes sortes de sons. Le petit Jac affectionnait déjà ceux des instruments à vent, rêvant de devenir le maître incontesté de la de gestion gazière. Rapidement embauché comme premier clairon dans la fanfare de Bruz, il finit par échapper définitivement à la vie urbaine en prenant très tôt la direction d'un big band dans cette campagne rennaise. Il ne tarda pas à le rebaptiser "I.B.B." , histoire de raccourcir un peu le nom natif d' "Initial Big Band". En réalité, notre maestro en herbe en avait une autre lecture, qu'il gardait secrètement vers lui, celle d' "International Breakers Band ", comme pour apporter une touche de subversion masquée, nécessaire à son équilibre.

Car Jac a toujours eu un faible pour la subversion, une philosophie de vie qu'il adopte dès l'adolescence. N'a-t-il pas pris sa première cuite à Lourdes après un concert "orgue et trompette", et ce, bien avant sa première communion ? L'histoire se termina par une gerbe non maîtrisée depuis la fenêtre de l'hôtel qui l'accueillait, jusqu'à un parterre de fleurs qui n'avaient rien demandé. Un spectacle affligeant, au nez et à la barbe du curé organisateur. Posté au pied de l'immeuble, l'écclésiastique voyait les géraniums s'évanouir un à un sous l'acidité rougeâtre d'un restant de vin rouge bon marché !
Aujourd'hui, le désormais trompettiste attitré de Simone's son s'enivre avec des millésimes, grâce aux royalties des nombreux bands qu'il a fondés. Les zicos des "Ballons" ("latin" et "swing"),  de "Bougerie Groove", ou autre "Uranus Bruyant" se souviennent de l'homme aux inimitables flatulences qui, par trop de modestie, continue de nous cacher un bien respectable passé musical chez Manu Dibango, John Littleton ou encore Michel Legrand ... Bravo l'artiste !